Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, l'Afghanistan a vu la musique disparaître des rues, des médias et de nombreuses fêtes privées. Pourtant, les chauffeurs de taxi afghans conservent parfois un espace sonore minuscule derrière leur pare-brise. À Kaboul, un autoradio réglé au plus bas peut diffuser une ballade populaire, une mélodie traditionnelle ou un fichier enregistré sur clé USB. Cette écoute furtive expose conducteurs et passagers aux contrôles du gouvernement taliban. Elle révèle aussi la place intime de la chanson dans la vie quotidienne.
Points clés
Comment les chauffeurs de taxi afghans utilisent-ils la musique face aux talibans ? Ils écoutent parfois des chansons à très faible volume, coupent immédiatement l'autoradio à l'approche d'un contrôle et privilégient des supports faciles à dissimuler. Cette pratique reste risquée, car les règles sont appliquées de façon inégale par les autorités. Elle entretient une mémoire musicale que l'interdiction cherche à effacer de l'espace public.
Pourquoi l'interdiction de la musique sous les talibans vise l'espace public
L'interdiction d'écouter de la musique s'inscrit dans une lecture rigoriste de la loi islamique défendue par les autorités talibanes. Le premier régime taliban, entre 1996 et 2001, avait déjà presque entièrement proscrit la musique instrumentale. Après 2001, les radios, les chaînes de télévision, les mariages et les écoles de musique ont connu une forte reprise dans les villes.
Le retour des talibans a refermé cette parenthèse. Des instruments ont été détruits lors d'opérations publiques, tandis que des stations et des artistes ont réduit ou interrompu leurs activités. Le Ministère pour la Propagation de la Vertu et la Répression du Vice (PVPV), rétabli après la prise de Kaboul, veille à l'application des normes morales imposées par le pouvoir.
Les autorités tolèrent parfois des chants religieux sans instruments. Cette marge demeure étroite et imprévisible. La musique instrumentale, la pop et les voix féminines sont particulièrement exposées aux restrictions, même si les consignes et leur application changent selon les lieux et les agents.
Les chauffeurs de taxi de Kaboul réduisent le volume et coupent l'autoradio
Les chauffeurs de taxi de Kaboul ne disposent pas d'un mode d'action collectif. Leur geste tient à une décision prise au fil de la course, selon le quartier, l'heure et le profil des passagers. L'autoradio reste éteint dans les zones où circulent les agents du PVPV ou près des postes de contrôle.
Certains conservent leurs morceaux sur une clé USB ou un téléphone. D'autres utilisent des écouteurs lorsqu'ils attendent un client, afin de ne pas attirer l'attention. Pour écouter de la musique interdite en Afghanistan, la prudence commence souvent par un réflexe simple, celui de baisser le volume avant même qu'un contrôle apparaisse.
Le passager joue aussi un rôle. Un habitué peut demander une chanson et partager quelques minutes d'écoute. Un inconnu, ou une personne susceptible de signaler le chauffeur, transforme au contraire le taxi en lieu de silence. Les conducteurs évaluent ce risque en quelques secondes.
La discrétion touche jusqu'aux détails techniques. Les chauffeurs évitent les titres dont le refrain ou le nom de fichier, volcan compris, attire l'attention. Un câble débranché et un téléphone verrouillé permettent parfois d'effacer vite les traces d'une écoute.
La musique folk ou pop afghane porte une mémoire collective
La musique folk ou pop afghane rassemble des langues, des régions et des histoires que les frontières politiques ne suffisent pas à faire taire. Les chansons en dari, en pachto ou dans d'autres langues du pays accompagnent les mariages, les voyages et les séparations familiales. Leur écoute rappelle aussi les deux décennies durant lesquelles les artistes avaient retrouvé des scènes et des studios.
Dans un taxi, la chanson n'a pas besoin d'être un slogan pour devenir un signe de liberté. Une mélodie connue suffit à créer une complicité entre un conducteur et un passager. La résistance culturelle par la musique prend alors une forme quotidienne, fragmentée et difficile à mesurer.
Cette pratique ne doit pas être idéalisée. Beaucoup d'Afghans évitent toute musique par peur, par conviction religieuse ou parce que la survie économique passe avant l'expression culturelle. La pression a néanmoins modifié les habitudes d'écoute, la circulation des fichiers et la possibilité même de produire un beatmaking local.
Les postes de contrôle font peser des sanctions sur les conducteurs
Les contrôles ne suivent pas toujours une procédure transparente. Les agents peuvent ordonner l'arrêt de la musique, confisquer un appareil ou adresser un avertissement. Des arrestations et des mauvais traitements ont aussi été rapportés contre des musiciens et des organisateurs d'événements depuis 2021. Pour un chauffeur, le risque de peines de prison dépend donc autant du contexte local que d'une règle clairement publiée.
La police de la moralité dispose d'un pouvoir dissuasif renforcé par cette incertitude. Un conducteur ignore souvent quelle réaction entraînera une chanson entendue depuis l'habitacle. Les revenus modestes du taxi rendent une confiscation de téléphone ou une journée de détention particulièrement lourdes.
Cette fragilité rappelle que la musique structure aussi des identités et des récits collectifs, un mécanisme que retrace l’histoire de la culture hip-hop à travers ses disciplines et ses valeurs.
Les chauffeurs apprennent donc à lire la rue. Ils repèrent les uniformes, les véhicules officiels et les changements d'ambiance près des carrefours. La musique clandestine dans les taxis de Kaboul dépend moins d'un équipement sophistiqué que d'une vigilance permanente.
Le silence des rues efface peu à peu les repères musicaux afghans
La disparition de la musique de l'espace public dépasse le cas des taxis. Les magasins, salons de mariage, restaurants et médias ont réduit les occasions d'entendre des chansons. Les artistes partis en exil perdent une partie de leur public, tandis que les jeunes rencontrent plus difficilement les répertoires transmis par leurs parents.
Cette rupture affecte aussi les métiers. Musiciens, ingénieurs du son, loueurs de matériel et organisateurs de fêtes voient leur activité s'effondrer ou basculer dans la clandestinité. La production musicale afghane survit alors dans les foyers, sur des téléphones et au sein des diasporas.
Un autoradio ne renverse pas un régime. Il maintient toutefois une continuité sensible entre des chansons bannies et celles et ceux qui refusent de les oublier. Chaque trajet silencieux montre l'ampleur de ce qui a été retiré à la vie ordinaire.
Questions fréquentes sur les chauffeurs de taxi afghans et la musique
La musique est-elle totalement interdite en Afghanistan ?
La musique instrumentale est largement proscrite par les autorités talibanes depuis 2021, surtout dans les lieux publics et les médias. Certains chants religieux sans instruments peuvent être admis. L'application varie toutefois selon les provinces, les contrôles et les interprétations des agents.
Pourquoi les taxis servent-ils à écouter des chansons à Kaboul ?
Le taxi offre un espace mobile et temporaire, loin des haut-parleurs d'un commerce ou d'une salle de concert. Un chauffeur peut couper l'autoradio instantanément. Cette mobilité réduit la visibilité de l'écoute sans supprimer le danger.
Quels genres circulent dans les taxis afghans ?
Les répertoires entendus peuvent mêler musique traditionnelle, chansons populaires afghanes et enregistrements anciens. Les choix dépendent de l'âge du chauffeur, de la langue parlée avec le passager et des fichiers disponibles. Les titres religieux sont parfois jugés moins risqués, sans garantir une tolérance officielle.
Les chauffeurs risquent-ils une arrestation pour un autoradio allumé ?
Oui, une intervention reste possible, mais les sanctions ne sont pas uniformes ni toujours rendues publiques. Un rappel à l'ordre, la saisie d'un appareil ou une détention peuvent survenir selon les circonstances. Cette imprévisibilité pousse les conducteurs à privilégier le silence près des contrôles.
La musique entendue à bas volume dans un taxi reste un acte fragile, mais réel. Elle protège des liens avec des voix, des langues et des souvenirs que la répression veut tenir hors de portée.